7.7.2025

Après l’échec de Place des peuples, en 2018, l’entreprise Brigil récidive avec un nouveau projet d’envergure sur la rue Laurier. Le promoteur propose maintenant de construire un ensemble résidentiel et commercial comprenant deux tours, de 45 et 30 étages au 35, rue Laurier, juste en face du Musée canadien de l’histoire. Le chantier pourrait débuter dès l’automne 2026.
Le grand patron de l’entreprise, Gilles Desjardins, a fait parvenir une lettre à l’ensemble des élus municipaux, vendredi dernier, dans laquelle il expose les détails du projet qu’il souhaite réaliser sur ses terrains acquis à fort prix dans les dernières années sur la rue Laurier. «Soyons honnêtes, c’est un bien meilleur projet que Place des peuples, a-t-il lancé en entrevue avec Le Droit, lundi. À l’époque, je n’avais pas le terrain de l’hôtel [Four Points] au 35, rue Laurier. Je cherchais à l’acheter, mais il n’était pas à vendre. J’ai pu en faire l’acquisition en 2021. C’est un bien meilleur terrain qui permet de faire un meilleur projet et d’y intégrer le presbytère.»

L’historique du 35, rue Laurier remonte à 2016. À l’époque, l’ancien propriétaire des lieux était parvenu à convaincre la Ville de changer le zonage du site pour le faire passer de 10 à 30 étages. Un projet comprenant trois immeubles de 30, 25 et 17 étages a d’ailleurs été approuvé et est toujours valide.
«C’est de la vieille architecture, je ne veux pas construire ce projet-là», a insisté M. Desjardins. En décembre dernier, Brigil a déposé un projet révisé au service de l’urbanisme qui prévoit plutôt deux tours, une de 30 étages et l’autre de 24 étages. Le projet compterait plus de 600 logements et de l’espace commercial au rez-de-chaussée. Gilles Desjardins souhaite maintenant profiter de l’élan provoqué par la préparation d’un nouveau Plan particulier d’urbanisme (PPU) au centre-ville pour convaincre le conseil d’autoriser des hauteurs supérieures à ce qui serait prévu et de faire passer son projet à deux tours de 30 et 45 étages.
«Les ambitions pour le redéveloppement du site ont évolué, ouvrant la voie à une opportunité de créer un projet phare pouvant offrir de nombreux bénéfices pour la communauté», écrit-il dans sa lettre adressée au conseil municipal. Si la Ville accepte de revoir à la hausse les hauteurs permises au 35, rue Laurier, le promoteur affirme que ça lui permettrait d’ajouter au projet 200 nouvelles chambres d’hôtel aux 200 déjà existantes au Four Points, des salles pouvant accueillir des congrès, l’aménagement de l’observatoire auquel il rêve depuis des années en face du Musée canadien de l’histoire et de favoriser une utilisation communautaire du presbytère.
Le vice-président du développement des affaires chez Brigil, Jessy Desjardins, ne croit pas devoir revivre la saga de Place des peuples avec ce projet, malgré qu’il propose toujours des hauteurs importantes à proximité du Quartier-du-Musée, qui bénéficie cette fois d’une citation patrimoniale de la Ville de Gatineau. Des discussions ont déjà été entamées avec les résidents du secteur, dit-il.

«Place des peuples, c’est un projet qui a dix ans, dit-il. On s’est amélioré en tant que concepteur. On a plus d’expérience. On est plus agile à créer une échelle humaine à nos projets. On connaît mieux les bonnes pratiques. […] On conserve un basilaire de trois étages qui permet une échelle humaine sur la rue Notre-Dame. Les hauteurs sont en retrait de la rue, et sur la rue Laurier. On dégage et met en valeur le presbytère pour créer une place publique sur le site. On retire les quais de chargements des rues résidentielles pour les installer sur le site.»
Rejouer dans le même film?
L’Association des résidents de l’île de Hull (ARIH) ne voit pas les choses de la même façon et craint de devoir rejouer dans le film de Place des peuples. «On a eu quelques rencontres avec Brigil concernant la mouture du projet déposé en décembre, a expliqué au Droit le président de l’association, Daniel Cayley-Daoust. Il y a encore des éléments qui achoppent, mais on est ouvert à des discussions futures. Il n’avait cependant jamais été question de faire passer le projet à 45 étages. Pour nous, cette annonce de Brigil aujourd’hui est une surprise. Que ça sorte de cette façon est pour nous une stratégie décevante du promoteur. Ça devient difficile maintenant de croire sa parole quand on discute. On est fermement opposé à une modification qui ferait passer le plan d’urbanisme à 45 étages à cet endroit. Ça ne semble pas s’arrimer avec notre volonté de mettre le Quartier-du-Musée en valeur. Ça contribuerait plutôt à l’entourer et à l’isoler. On reste ouvert à collaborer avec la Ville et le promoteur pour réfléchir à la mise en valeur du quartier au complet, mais on va s’opposer à une telle augmentation des hauteurs.»

Le conseiller du secteur et président du comité exécutif de la Ville de Gatineau, Steve Moran, affirme qu’il «ne sent pas beaucoup d’appétit» de la part des résidents du secteur pour une augmentation des hauteurs au 35, rue Laurier, mais il précise que le projet soumis par Brigil «est à plusieurs égards très intéressant», notamment l’utilisation des basilaires qui permet de conserver une certaine échelle humaine et la mise en valeur du presbytère.
«Je crois qu’on a tous appris de nos erreurs, a-t-il mentionné. Le dossier Place des peuples n’a pas été une réussite pour personne. Brigil a renouvelé son approche. La consultation en amont a été approfondie et je salue ça. Cet endroit-là, devant le Musée canadien de l’histoire, est clairement névralgique pour Gatineau et on ne peut pas se permettre de luxe de l’échapper. Ça doit être bien réussi, tant au niveau de l’intégration au quartier que de l’architecture et de la mobilité autour du site. Ça vaut la peine d’avoir des discussions et je crois que tout le monde est très ouvert à les poursuivre.»
Le soin accordé aux basilaires est important dans un projet de cette ampleur, a noté M. Moran. Le fait de pouvoir construire en hauteur est une question économique pour le promoteur, mais ça permet aussi de dégager de l’espace au sol pour ajouter de la végétation et des espaces publics, a-t-il ajouté. Le conseiller n’a cependant pas voulu préciser s’il était pour ou contre la demande de Brigil. «Le projet doit d’abord être déposé et il sera ensuite analysé à travers la lentille de la protection du Quartier-du-Musée.»
Plan B
Contrairement à Place des peuples, qui était à l’époque le seul projet sur la table, le 35, rue Laurier fait cette fois déjà l’objet d’un projet accepté par la Ville, rappelle Gilles Desjardins. «Ce qu’on veut, c’est proposer un meilleur projet que ce qui est déjà accepté, a-t-il dit. Si la Ville refuse, elle va refuser un projet plus structurant.» Jessy Desjardins a ajouté que l’entreprise devait alors analyser la suite des choses, à savoir si elle irait de l’avant avec le projet déjà approuvé. «Avec l’adoption du PPU, c’est maintenant que ça se passe», a-t-il insisté. «Sinon, on va passer à autre chose et on ira bâtir ailleurs», a ajouté Gilles Desjardins.
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